Sondage : ce que pensent les Français du "mariage pour tous"

Dans un sondage exclusif Pèlerin/ Ifop, les Français expriment une opinion qui paraît désormais tranchée : 60 % disent « oui  au « mariage pour tous ». En revanche, ils disent « non » à 54 % à l’adoption et à 53 % au recours à la procréation médicalement assistée.

Faute d’un débat organisé pour connaître les convictions profondes des Français, il faut s’en tenir aux sondages pour évaluer leur opinion. Le dernier en date, que publie Pèlerin, est à cet égard éclairant.

Premier enseignement : le dossier n’est clairement pas inscrit sur l’agenda 2013 des Français, 6 % seulement considérant qu’il s’agit d’une question prioritaire. Est-ce si étonnant ? « En période de crise, les demandes portent d’abord sur l’économique et le social. Du coup, le gouvernement s’est piégé lui-même en traitant ce projet en urgence », souligne Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’institut Ifop.

Deuxième enseignement : le gouvernement voit s’effriter une adhésion qui semblait, hier, acquise. « Si une large majorité, 60 % des sondés, continuent de penser que les homosexuels ont le droit de se marier, ils sont désormais une minorité à estimer que ces mêmes couples devraient avoir accès à l’adoption ou à la procréation médicalement assistée – respectivement 46 et 47 % d’avis favorables », poursuit-il.

Les argument des opposants ont fait basculer l’opinion

Ces chiffres sont à mettre en regard avec ceux d’avant la campagne présidentielle : en juin 2011, 63 % des Français étaient favorables au mariage homosexuel et 58 % prêts à accepter que les couples homosexuels adoptent. « Ce revirement est à mettre en relation avec l’intense campagne menée par les opposants, qui ont visiblement su trouver des arguments convaincants, notamment les droits des enfants », décrypte Jérôme Fourquet.

Ce basculement est particulièrement net à droite : en août 2012, 46 % des sympathisants UMP étaient encore favorables au mariage homosexuel. Ils ne sont plus que 33 % aujourd’hui. Idem pour l’adoption : les 38 % favorables à droite se sont réduits à une peau de chagrin, à peine 22 %. Mais cette opposition tranchée entre droite et gauche ne doit pas masquer des clivages sociologiques plus subtils.

Ainsi, si la situation sociale ou le niveau de diplôme ont peu d’influence sur le positionnement de chacun sur ce dossier, l’âge et le sexe dessinent des lignes de partage marquées. En gros, les jeunes et les femmes se montrent nettement plus « ouverts » que les hommes et les personnes âgées, qui défendent une vision plus traditionnelle de la famille.

Un positionnement étonnant des catholiques

Un élément qui pourrait expliquer le positionnement étonnant des catholiques sur ce sujet. « Si les pratiquants restent le fer de lance de l’opposition au projet, très en décalage avec le reste de la société, quatre sur dix se déclarent favorables au mariage et trois sur dix partisans de l’adoption, ce qui n’est pas rien.

Or, on sait que les femmes constituent la majorité des catholiques pratiquants, ce qui explique sans doute la persistance d’une minorité réfractaire au positionnement de l’Église », souligne Jérôme Fourquet.

Reste une question : les mauvais sondages suffiront-ils à faire reculer le gouvernement ? On peut en douter. « Pour l’électorat de gauche, retirer le texte serait un renoncement de plus et le gouvernement ne peut pas se le permettre. En revanche, si la ‘Manif pour tous’ réunissait beaucoup, beaucoup de monde, cela changerait la donne… », prédit Jérôme Fourquet.

Source : Pèlerin 10/1/2013

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